La pluie

Publié le par Photo :Marie LC & Texte : Rebecca Armstrong

La pluie
Ce n’était pas tant les gouttes de pluie. Elles ne tombaient plus, peut-être suspendues, à peine certaines touchaient la terre, après les feuilles, les arbres, l’écorce ce qu’il en restait. Sur le chemin elle était passée. Elles l’avaient reconnue. Elles s’étaient figées. Ce n’était plus de la pluie qu’elles se protégeaient, du monde tout entier. Du chemin derrière, de la route, du bruit de la vie. Sur le chemin elle était passée. Cachées dessous, elles se retiraient au monde. Elles se regardaient, yeux vides et trop pleins de ce qu’ils avaient vu. Une main dans l’autre, il ne leur restait plus que ça. Deux mains qui déjà s’abandonnent, à peine la pulpe de leurs doigts, et retomber le long des corps au ralenti, mouvement inéluctable dans le silence, celui de la stupeur. Sur le chemin elle était passée. Elles vont se quitter, ne pas parler, vouloir la pluie, reviens, s’accrocher, aux gouttes, leur musique, s’accrocher, chacune à la poignée, un filtre pour la lumière, entre le ciel.

Rebecca Armstrong

Publié dans Poésie, Ecriture, Paris

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