La pâtisserie #3

Publié le par Marie LC

(c) Moonove

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J'ai regardé ma montre, le chiffre 5 scintillait dans le noir. J'avais les bras un peu endoloris d'avoir passé les dernières heures du jour à planter des rangées de fraises et de framboisiers dans le potager. Larry avait fini par me rejoindre et m'aider. Sans un mot, nous avions travaillé jusqu'à ce qu'il fasse noir. Il m'avait demandé ensuite s'il pouvait goûter ma tarte aux fraises. Elles étaient prêtes pour l'ouverture et ça ne m'enchantait pas de couper un part avant même l'entrée du premier client. Mais Larry m'avait laissé les clefs de son vieux restaurant alors, il pouvait bien demandé ça.

Assis sur les tabourets hauts devant le plan de travail en inox de la cuisine, j'avais sorti une tarte. J'ai coupé deux parts et lui en ai tendu une.

- J'ai fait de la crème chantilly, vous en voulez ?
- De la chantilly ? Bon dieu, j'ai pas mangé ça depuis deux ans Cassandre !
- Je sais, plus personne ne fait ça. Vous testez ?
- Oui.

J'ai dessiné une montagne sur le coin de son assiette, à côté de la pâte et des fruits rouges. Je ne savais pas si ça allait lui plaire, mais cette recette me venait de ma grand-mère, et enfant, j'aurais tué pour une part. Bizarrement, j'appréhendais sa réaction. Il était finalement comme un client test, car j'avais refusé la même demande à Alice.
- Mmm...
- C'est comment ?
Je ne voulais pas lui donner une part il y a une heure, mais maintenant, j'avais l'impression d'être en face de l'inspecteur de feu le guide Michelin.
- Fa-bu-leux...
- Vraiment ?
- Cassandre, cette tarte est phénoménale. Je dois dire que j'y croyais pas... Tu as fait quoi comme autres gâteaux ?
- Carrot's cake et finalement, j'ai aussi fait deux clafoutis. Je me suis dit que ça diversifierait..
- Je peux goûter ?
- Noon !!! Larry, vous allez dévorer toute ma production pour demain !!
J'ai ri devant son regard déçu.
- Ok, si je vends tout demain, je vous en fait rien que pour vous !
- Je te prends au mot gamine !
C'était une bonne manière de me souhaiter bonne chance.

Je suis sortie du lit, et j'ai accompli les petits rituels du matin. Douche, café. 5H30 s'affichait sur la vieille pendule de la cuisine du restaurant. J'ai démarré les smoothies. J'avais prévu 4 parfums. Pas plus. 4 sortes de gâteaux, 4 parfums de milk-shake. 4 comme un porte bonheur.

A 7h30, j'ai allumé l’intérieur du restaurant et fait un dernier tour. J'avais le trac. Et pas ressenti ça depuis des années. Avant la guerre j'étais membre de l' association des cadres blasés. Rien ne m'impressionnait. La déferlante de violence qui s'était abattue sur nous avait un peu ébranlé mon flegme méprisant. La mort de mes proches m'avait plongée dans un abîme de tristesse. Et quand j'avais réalisé qu'il ne me restait plus personne j'avais accepté la proposition de mon ex de partir à l'ouest, vers la mer. De toute façon, rien ne me retenait. Et j'avais soif de changement. J'ai pris tout ce qui avait de la valeur, quelques papiers et photos et quelques livres. Le tout tenait dans une valise. Je suis partie sans me retourner.
Ce matin, c'était comme le premier jour de ma seconde vie.

Alice a déboulé à 8h. Elle était excitée comme une puce. Pour la calmer, je l'ai chargé de mettre les tables et les chaises en place sur la terrasse. J'ai disposé les plats dans la vitrine réfrigérée et posé les étiquettes.
J'ai respiré profondément.

A 18h, le restaurant était sans dessus dessous. Alice avait couru dans tous les sens. Un mélange de désorganisation et de surcharge de commandes. Les gens qui allaient à la plage et ceux qui avaient eu l'info s'étaient succédés dès 10h. Les premiers du matin étaient revenu. Des mômes, des parents, des couples. Des rires, de la gourmandise dans les yeux. La terrasse n'avait pas désemplie de la journée. De la vaisselle s'entassait dans la cuisine et je n'avais pas eu le temps de m'y mettre. J'ai pensé à tout ce que je devais préparer pour le lendemain. Je suis sortie sur la terrasse. Dans mon champ de vision à gauche, j'ai aperçu Jackson. Il était dans la même position qu'hier et avant hier. Je me suis dirigé vers lui.

- Bonjour Jackson...
Il a levé les yeux verts moi. Je n'avais jamais vu qu'ils étaient si verts.
- Jackson, on est débordé. Je ne sais pas quels sont vos projets pour le reste de la journée ou même de l'année, mais si vous êtes tenté, j'ai besoin d'un coup de main pour la plonge. Il y a une bonne centaine d'assiettes et des verres en pagaille. Je ne suis pas en capacité de vous payer ou en tout cas pas encore...
Il s'est levé. Il était super grand en fait.
- Ok
- Vous êtes d'accord ?
- Oui
- Merci ! Suivez-moi...
Je n'ai pas eu le temps de finir ma phrase, Jackson est passé devant moi et la dernière famille qui venait de poser ses fesses sur la terrasse pour dévorer du carrot's cake. Arrivé dans la cuisine, il a relevé ses manches de chemise blanche, ôté son gilet, noué un tablier autour de sa taille... Et démarré la préplonge. J'étais médusée. On aurait dit qu'il avait fait ça toute sa vie.

J'ai laissé Alice ranger la terrasse et nettoyer le restaurant et j'ai attaqué la préparation pour le lendemain. J'ai dégagé le plan de travail et sorti la farine, le sucre, les oeufs. J'ai mis le four en marche et sorti les jattes. Alice chantait dans la boutique. Je dois avouer que j'aime particulièrement sa capacité à rire et vivre à fond. Cette fille est une étoile scintillante. Je pensais à tout ce que j'avais laissé derrière moi, à ce qui nous attendait peut-être avec cette aventure. J'avais un œil sur mon plongeur énigmatique et quasi muet. Les mains dans la farine, je soufflais après cette première journée. Larry en a profité pour faire son apparition.

- Salut Jackson!
- Bonjour Larry...
J'ai réalisé qu'ils se connaissaient et bien en plus.

Publié dans Ecriture

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David 06/07/2014 20:39

C'est fini ?

Marie 06/07/2014 20:53

non, il y a une suite... en cours d'écriture :)