Pouvons nous perdre le supplément d'âme des mots ?

Publié le par Marie LC

Pouvons nous perdre le supplément d'âme des mots ?
Peut-on s'engueuler par texto de la même manière qu'on s'engueule en vrai avec le son et l'image ?
Perso, je m'engueule rarement avec des gens. Je râle, ronchonne, remet en question, pose 15000 questions, mais de là à gueuler, faut vraiment me pousser. Faut le dire, je ne suis pas fan des conflits, j'ai tendance à fuir. Ca règle rien bien sûr, mais on se refait pas. Bon, si j'ai pas le choix, je m'y colle mais c'est pas ma partition préférée. Et sinon, je me fâche, façon mutique. Silence.
Du coup, je me demande quels sont les effets réels d'une sorte d'engueulade par texto. D'abord parce que l'écrit rapide offre toutes les chances d'écrire un truc approximatif et du coup d'être mal compris voir de créer un quiproquo affreux (ou drôle mais ça arrive moins souvent). Et parce que sans l'image ni le son, on ne sait pas vraiment ce que l'autre veut dire tellement les attitudes corporelles et le son de la voix offrent le supplément d'âme aux mots, des clés de compréhension.
Et puis, quand on s'engueule, soit on va au bout de la discussion, quitte à se réconcilier ensuite, soit on se barre en claquant la porte. Comme une sorte de point final. Par texto, l'un arrête de texter et voilà. C'est nul de ne pas aller au fond des choses, de couper court à la discussion comme une fuite en avant qui ne règle finalement rien.
A l'heure de l'hyper connexion, de l'hyper texte, de l'hyper numérique, reste t-il de la place aux relations humaines réelles ? Allons nous vers un monde désincarné ? Allons nous vers un univers hypertrophié des sentiments, hypertrophié de l'humanité ? Le vide comblé par le numérique remplacera t-il un jour les vraies relations entre les humains ?
Allons nous vers des relations quasi exclusivement virtuelles ? Sans place pour la chaleur, l'odeur, le goût, la sensation de l'autre ? Le numérique est-il en train de nous ôter définitivement notre valeur charnel ? De nous désincarner totalement ? Est-ce qu'à force de vider les mots de ce supplément d'âmes que l'humain y apporte, nous ne finirons pas par mourir de n'être plus réellement des humains ?

Publié dans Bordel

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