La vérité, c'est qu'on a merdé

Publié le par Marie LC

La vérité, c'est qu'on a merdé
On a merdé. La vérité c’est ça. Voilà.
On s’est dit : c'est évident voyons! On s’est gargarisé de penser que la liberté on l’avait, nous, si fiers d'être français. Que c’était acquis. Un peu comme si c’était dans nos gènes, dans notre ADN.
Ben oui quoi, nous français nourris au sein de Liberté, Egalité, Fraternité. Tellement écrit partout qu’à force, on ne regarde plus, on a oublié de lire, et de surtout, de faire vivre.
Parce que la vérité, c’est que l’humain et la liberté, c’est un peu comme un couple, une histoire d’amour. Avec des hauts, des bas, des conditions et des compromis avec soi même et avec les autres.
Si tu ne fais pas attention, si tu ne regardes plus, ou plus vraiment, si tu n'en prends pas soin, un jour, l’autre se barre.
Tu croyais l’avoir conquis ad vitam æternam, et tu te retrouves comme un imbécile, esseulé, ébranlé, lessivé, viré, terrorisé.
On a merdé. Parce qu'on a pas su remettre du terreau pour que, nous et la liberté, on puisse s'épanouir ensemble.
Parce que quand il y a un coup d’Etat quelque part, on n'a pas vraiment envie de voir, quand il y a la guerre et des ogres prêts à tout dévorer loin là-bas, on préfère regarder l’Amour est dans le pré et se moquer des candidats sur twitter.
On a merdé en laissant la religion, le sexe, le pouvoir et le fric bouffer nos sociétés et devenir une arme de destruction massive pour des tarés sectaires, barbares et morbides.
On a merdé d'être futiles, parce qu’on a pas été assez vigilants, pas assez militants, pas assez intransigeant. Parce qu'on pas lutté avec assez de vigueur contre les inégalités, contre la pauvreté, contre la déculturation.
On a merdé parce qu’on a pas été assez irrévérencieux. En 2015, la vérité crue c’est pas assez élégant, pas assez diplomatique pour bien survivre en société.
On a pas su faire fructifier l’héritage de nos parents qui, eux même, ont fini pour la grande majorité, par renier une partie la liberté revendiquée en 68.
Putain ! A quoi ça sert d’avoir balancé des pavés dans la gueule des flics, lu Hara-Kiri, forniqué comme des sauvages, fumé des pétards et pris du LSD dans des rades nichés au milieu des dockers, si tes enfants à la quarantaine bourgeoise, ont peur de se faire chourer leur sac hermès dans le métro, préfèrent surfer sur twitter plutôt qu'ouvrir un bouquin de Schopenhauer, et trouve que policer les idées c'est plus confortable ?
On a merdé, parce qu’on a préféré se couler dans le confort sur-vendu par des multinationales plutôt que de se battre pour ce en quoi on croyait vraiment.
On a merdé parce qu’on a chacun, un peu, et parfois beaucoup, laissé la société devenir ce qu’elle est. On est tous comptables, tous co-responsable. On a merdé, en oubliant ce qui faisait vibrer nos âmes d'adolescent pendant les manifs après la mort de Malik Oussekine, et en ne transmettant pas ça aux générations qui nous suivaient.
C'est quand même dingue d'être nés sous Pompidou et de se réveiller avec la gueule de bois, de voir que des trentenaires nés sous Mitterrand préfèrent donner la mort plutôt que de faire fructifier des idées positives. C'est bizarre, mais aux rassemblements qui ont tant émus la France le 11 janvier on a finalement pas vu tant que ça de jeunes. Des adultes et des mômes oui, mais les 18/30 ans n'étaient pas si présents. Est-ce à dire qu'on a laissé une génération entière rater la lumière ?
On a merdé et toute la question aujourd'hui est de savoir quelle seconde chance on va donner à cette histoire d'amour, entre nous humains de France, et la liberté ?
Comment on va faire pour s'aimer, à nouveau, pleinement ? Il s'agit pas de tomber dans l'angélisme dégoulinant, ni de théoriser à bloque, il s'agit de lutter ardemment. Et de sortir de sa zone de confort. Accepter que l'autre nous bouscule, nous dise des vérités pas très agréables, s'obliger à voir autrement.
Il va falloir finalement se battre, ... pour être vraiment libre. De nos idées, de nos actes, de nos mots, libre de nos décisions, de nos gestes. Libre en n'acceptant pas qu'une poignée confisque ce qui appartient à tout le monde : la politique, la laïcité, la liberté. La liberté de dire, de croire ou non, de faire, d'écrire, de peindre, de dessiner, de chanter, pour avoir la liberté d'être, tout simplement.

Chronique pour l’émission Ton Libre de Rebecca, sur radio HDR. Jeudi 22 janvier. Pour écouter les très bons sons de l'émission (reportages, chronique, etc) allez sur le blog de Reb :

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