Le bon usage des mots

Publié le par Marie LC

Ce ne serait pas un sujet passionnant à priori en tant que simple fait divers . Mais voilà, l'une des personnalités à la barre, DSK, n'est pas monsieur Toutlemonde. Et cette histoire de proxénétisme est intéressante sur le plan sociétal. Pas pour l'histoire, mais pour la manière dont elle est traitée. A l'heure où le web foisonne de pseudos articles, tous plus cons les uns que les autres, sur la nécessité de diversifier nos pratiques sexuelles de peur de devenir plan-plan, trop proches de celles de papie/mamie (qui je vous l'assure s'envoyaient en l'air et d'ailleurs si ce n'était pas le cas, vous ne seriez pas là), le tout accompagné d'images glamours, les mots utilisés au cours du procès et retranscrits par la presse sont d'une pudibonderie incroyable.
Les journalistes s'interrogent sur le bon vocabulaire à écrire pour leurs lecteurs, qui tout d'un coup, deviendraient prudes. « Partie fine » pour partouze, « pratiques sexuelles par l'arrière » à la place de sodomie. C'est dingue, alors que yahoo sort régulièrement dans son agrégateur des articles sur les avantages pour madame de laisser sa moitié la pratiquer sur elle, quand il s'agit de la réalité d'un procès, ce terme de sodomie devient hyper difficile à utiliser. Bien sûr, dans le cas du procès de DSK, la sodomie est associée à quelque chose de plus violent, puisque l'un des types tenait les mains de la fille pour que DSK puisse mieux la sodomiser. Un viol, en somme. Mais il s'agit de prostitué et donc, on ne prononce pas le mot. Et puis, elle n'a pas porté plainte. Contre DSK, à l'époque ? Personne n'aurait voulu l'entendre. Bref, le procès est encours, pour proxénétisme et pas pour viol.
Ce qui m'interroge, c'est notre société qui assomme les gens avec de multiples articles sur le fait que leur sexualité n'est pas assez débridée mais qui rattrapée par une réalité devient complètement atone du vocabulaire. Comme si, il fallait maintenant éviter les mots qui disent les choses brutalement, comme si il fallait feutrer les propos, pour ne pas choquer. C'est vrai que dire « j'ai couché avec elle, mais je n'ai pas donné suite » c'est quand même plus politiquement correct que « je l'ai baisé et je me suis barré ». Je trouve que ça en dit long sur nos médias, sur notre société, sur sa capacité à dire des trucs trashs quand on parle dans le vide et incapable de dire les bons mots quand on est dans la réalité pure.
C'est d'autant plus étrange que ces mecs dans le box des accusés sont tout, sauf des enfants de cœur. Fric, pouvoir, violence, maltraitance, esclavage sexuel et en bande organisée. Depuis les premiers jours du procès, les commentaires qui suivent les articles bien prudes des journalistes sont effarants. Je vous avais d'ailleurs écrit un truc la-dessus. Et même quand a été relaté que l'une des prostitués avait « dit qu'elle avait mal et qu'elle pleurait », quand les sms évoquant « le matériel » et que la réalité était brutalement jetée, les connards commentateurs ne se sont pas calmés, planqués derrière leur pseudo, au chaud. Elles étaient prostituées alors tout était permis en somme.
Mais, s'il avait réellement été question de soirées échangistes ou de parties fines, ils auraient amené leur femmes non ? Mais non. Ils ont été à des soirées organisées avec du « matériel », des femmes payées, juste pour leur plaisir de gros porcs. D'ailleurs, les prostitués, qui se sont portées partie civile utilisent bien les mots « boucherie », et l'une d'elle a raconté à propos d'une jeune fille « plusieurs lui sont passé dessus », soit un viol en réunion. Et les journalistes ont beau édulcorer le vocabulaire, il s'agissait bien de partouze, de viol, de sodomie et de putes.
Le bon usage des mots

Publié dans 2015, Bordel

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