L'enfer, c'est l'attente

Publié le par Marie LC

L'enfer, c'est l'attente

« L'enfer c'est les autres » écrivait Jean-Paul, Sartre pour les intimes. C'est pas faux. Mais pour moi, l'enfer c'est l'attente.

Je ne parle pas de l'attente liée au plaisir de voir pousser les fraisiers, éclore les fleurs, naître les fraises puis d'attendre qu'elle rougissent pour avoir le plaisir de les croquer. En espérant que les limaces ne soient pas plus rapides que vous, évidement.

Je ne parle pas d'attendre à un premier rendez-vous amoureux, de subir cette délicieuse torture, le cœur vrillé au fond de l'estomac, d'avoir le cœur qui palpite. L'attente qui vous conduit à changer quatre fois de tenue, à trembler légèrement, qui pour un peu vous donnerait envie d'annuler.

Je ne parle pas de l'attente d'une date précise, puisque de toute façon vous savez à l'avance que jusque là, pas de réponse ou d'événement possible. Bon, ça fait longtemps que je n'attends plus le père noël, mais je me rappelle quand même à quoi ça ressemble.

Je ne parle pas de l'impatiente attente du prochain voyage, du prochain avion qui est sensé vous mener droit vers le bonheur des vacances. Celle ou l'on coche le calendrier aussi méthodiquement qu'un détenu en prison avant sa sortie.

Non.

Je parle de l'attente d'une réponse à une question. Celle qui, quelque soit la durée, paraît interminable, parce qu'enfin, rien que de prendre le temps de répondre rend l'attente épuisante. Et si ? Oui, cette attente là.

Je parle de l'attente infernale du changement. Celui qui va arriver d'un moment à l'autre, d'une journée à l'autre. Celui qui peut chambouler toute votre petite existence bien rangée, ou vous faire retomber comme une poupée un brin chiffonnée et temporairement sans but.

Je parle de l'insoutenable attente d'une décision, d'un engagement, qui pourrait changer tout. Ou presque.

Cette attente qui rend toute tentative d'éloge de la lenteur insupportable. Avec l'expérience on pourrait croire qu'on maitrisera mieux, que l'on aura davantage de patience, que ce sera plus rationalisé (argh, c'est affreux). Mais en fait, non.

Bref, pour moi, parce que je suis une impatiente, l'enfer, c'est l'attente.

Publié dans Ecriture, Bordel

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Rebecca 18/06/2013 19:36

Cette attente est aussi excitation. Elle fait pulser le sang, une ligne de basse sourde et efficace qui met en mouvement. Elle a aussi du bon cette attente là.

Pitoune 04/06/2013 12:32

Ah oui... Très très bon ce texte. Il ne manque plus que Nadal gagne Roland Garros pour la huitième fois et mon plaisir d'avoir des yeux qui voient avec l'aide de lunettes sera complet!

Chris 03/06/2013 21:21

Sans faire de jeu de maux...

L'Enfer n'est pas latent, il est bien là : Tu ratiocines un peu trop ;-p

Quidu 08/06/2013 22:08

L'attente...La tente...l'attente de la tante...l'attente acule...la tentaculaire attente de la tante dans la tente...en faire l'enfer....
Est-ce ça l'angoisse??