Voyous

Publié le par Marie LC & Christine

Le jour où ils ont démoli la rampe de skate, sur la pancarte, les jeunes ont écrit "Les élus des voyous qui cassent tout". Et personne n'a pensé que le message valait la peine d'être relevé. Partout la gronde s'entend et depuis longtemps. Mais il n'y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre. En attendant les habitants voient chaque jour la ville se transformer, cube après cube. Comme si une ville de patrimoine pouvait souffrir de devenir aussi moche qu'une ville nouvelle construite dans les années 70. Toujours le même thème : construire la ville sur la ville. Oui, mais à quel prix ? Démolir le stade de foot, laisser l'école de musique ressembler à une ruine, creuser une tranchée entre le centre ville et le magnifique parc botanique (enfin, ce qu'il en reste) ? "Il faut réduire la pression fiscale, et pour ça, il faut des habitants" ai-je entendu il y a déjà une bonne décennie. OK. Mais pour passer la barre des 15 000 fallait-il rendre la ville si laide? Si illisible ? Fallait-il adosser au cimetière des appartements pour jeunes trentenaires ? Resteront-ils ? Ou considéreront-ils que ce n'est qu'une cité de cubes ? Et qu'on les a mis en boite...

Voyous
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Ils ont construit sur l'espace des boulistes avec vue imprenable sur la dernière demeure, les morts aussi ont les boules d'être observés. Fini le chant des boules, les voix joyeuses des joueurs, le bruit de la tondeuse sur le stade d'honneur et l'odeur de l'herbe coupée. Bonjour l'au-delà par la fenêtre et par le balcon sans les feuilles vertes les longs hivers de pluie. C'est ce qu'on appelle une ville en plein es-hors.

C

Voyous
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Ça m'a fait comme ce coup de foudre dans ma jeunesse juste à rencontrer son regard. Là, juste dans l'espace classé sensible, surgis du jour au lendemain, ni plus petits ni surbaissés mais au contraire les bras armés de la signalisation verticale impossibles à ne pas voir, une paire bandant fermement et fièrement dans le décor comme un coup de foudre. Sauf que je ne vois plus le bleu de ses yeux, je vois rouge, je vois rouge.

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Voyous
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Derrière les murs de la ville close, l'habitant se crée des jardins comme celui-là. Tiens l'arbre en fleurs comme un instant de poésie, comme ce haïku japonais d'il y a des siècles. Tombée de la branche/Une fleur y est retournée:/C'était un papillon ! Ailleurs pas si loin ils ont construit sur les jardins parce qu'il y en a un qui a dit que les centres villes c'était pas fait pour avoir des jardins et ce jour là une petite grand-mère a pleuré parce qu'on lui a volé le sien. Bon sang qu'elle est triste ta politique ! Moi je veux des jardins plein le cœur plein les mains.
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Voyous
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Publié dans Bordel, Urbanisme

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le tallec iris morgane bruniquel 24/07/2013 16:47

Dans cette salle de gym et ces rues, j'ai été japonaise en kimono blanc, avec dans la main, une soucoupe volante au couvercle transparent remplie de petites boules argentées qui croquent sous la dent et se perdent sous la langue. Si tu m'avais abordé, tu n'aurais pu comprendre ma réponse car je parlais un autre langage, celui de l'imaginaire où les mots résonnent d'un accent bridé et changent chaque instant. J'étais japonaise, si si !!!! Et en preuve, je t'aurais fait goûter mes bonbons venus des étoiles dans une soucoupe au couvercle transparent.

Marie 24/07/2013 20:30

J'adore!!

Quidu 13/05/2013 00:22

La botte fine sur le ciment, la jambe bleu-jean, les marque en T sur le bitume, les murs métalliques tagués, les barres oubliées, les panneaux d'interdits, les structures abandonnées, et les pruniers en fleurs...quelque part un chemin qui peux te mener ailleurs...

Quidu 13/05/2013 00:12

J'avais une Cadillac rose au fond de mon jardin, et elle une Vespa de la même couleur dans son arrière-cour...nous nous retrouvions près de l'Étang Bleu, et nous nous roulions dans l'herbe verte sous le ciel gris...